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Écouter, approfondir.... Perspectives d'usage d'une radio interactive
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Écouter, approfondir... Perspectives d’usage d’une radio interactive
par Dominique SAINT MARTIN et Stéphane CROZAT
| Lavoisier |
Distances et savoirs
2007/2 - Volume 5
ISSN 1765-0887 | ISBN 2-7462-1975-5 | pages 257 à 273
Pour citer cet article :
— Saint Martin D. et Crozat S., Écouter, approfondir... Perspectives d’usage d’une radio interactive,
Distances et
savoirs
2007/2, Volume 5, p. 257-273.
Distribution électronique Cairn pour Lavoisier.
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Écouter, approfondir…
Perspectives d’usage d’une radio interactive
Dominique Saint Martin*
—
Stéphane Crozat
* Groupe de recherches musicales (GRM)
Maison de Radio France
116 avenue du Président Kennedy
F-75220 Paris cedex 16
dsaintmartin@ina.fr
Unité d’innovation Ingénierie des Contenus et Savoirs (ICS)
Université de Technologie de Compiègne
BP 20529 F-60205 Compiègne cedex
stephane.crozat@utc.fr
RÉSUMÉ
. Transposez un média – la radio – sur un autre média – Internet. Conservez les
avantages du premier et ajoutez-y les possibilités du second, vous obtiendrez une radio
«augmentée» où la perception sensible guide la découverte accompagnée de nouvelles
connaissances. La puissance d’évocation de l’audio servant alors de médiateur, d’outil de
navigation à l’intérieur - par exemple - d’un corpus documentaire. L’ambition de cet article
est d’abord de reposer la question de l’usage du média audio dans le contexte numérique,
interactif et pédagogique. Il s’attachera ensuite à montrer que les progrès technologiques de
la gestion documentaire rendent aujourd’hui accessible la production de ce média,
particulièrement en phase avec les évolutions récentes des dispositifs mobiles d’accès à
l’information.
ABSTRACT
. Transpose a media – radio – onto another media – Internet. Keep the advantages
of the first and add to them the advantages of the second media and you will get an
“enhanced radio” where the sensitive perception helps discovery while providing new
knowledge. The powers of evocation of the “audio” media acting as a mediator, as a
navigation tool inside a corpus – about documentation for example. This article aims first at
re-examining the uses of the audio media within the digital, interactive and pedagogical
environment. Then we will try and show that the technological advances in the field of
information management make it possible to produce this media, particularly adapted to the
recent evolution of mobile tools for accessing to information.
MOTS-CLÉS
: podcast, écoute, mobilité, lecture, web radio, hypermédias, interactivité.
KEYWORDS
: podcast, reception and listening, mobility, reading, web radio, hypermedia,
interactivity.
DOI:10.3166/DS.5.257-273 © Cned/Lavoisier
D&S – 5/2007. Nouveaux territoires de la connaissance, pages 257 à 273
258 D&S – 5/2007. Nouveaux territoires de la connaissance
1. Introduction
Depuis cinquante ans, le Groupe de Recherches Musicales est reconnu
internationalement comme l’un des acteurs majeurs de la création sonore
contemporaine. Le GRM est né à la Radio
1
, de la Radio, de ses moyens de
production et de son mode d’écoute.
Le dispositif Webradio
2
mis en production depuis 2004 nous a permis d’explorer
et d’expérimenter la mise à disposition de programmes radio « enrichis ».
En tentant de faire converger des logiques de lecture de médias apparemment
contraires, nous avons dégagé quelques principes qui structurent la conception de cet
outil, principes repris et développés dans le cadre des projets Epicure, Ecoute et
scenari-platform.org
3
menés en collaboration avec l’Université de Technologie de
Compiègne (UTC) et abordés ici sous une perspective de transmission de
connaissances.
2. Le média audio
2.1.
Quelques fondamentaux
L’audio est par essence un média temporel. On a besoin de temps, du temps de
l’écoute pour l’appréhender. C’est donc une logique de flux qui guide sa conception
et sa réception. Le flux temporel implique un sens de
«
lecture
», une construction
perpétuelle de l’instant pour maintenir l’attention, il est porteur d’une direction et
d’une attente. Ces principes fondamentaux s’appliquent à toute production
radiophonique et par extension à toute composition musicale.
2.2.
Conditions de réception du média radio
La grande liberté de mouvement que procure l’écoute radiophonique est l’un de
ses principaux atouts. L’absence de visuel augmente par compensation l’aspect
sensoriel de la transmission de l’information tout en acceptant la poursuite parallèle
d’autres activités de la vie quotidienne (transports, préparation cuisine, etc.). Le
temps de l’écoute (distraite ou captive) synchronise sans effort apparent des espaces
et des temps hétérogènes. Nous avons tous en mémoire l’efficacité informative d’une
1. C’est au cours de ses travaux de recherche sur l’utilisation et la transformation de sons
enregistrés, que Pierre Schaeffer « invente » la musique concrète en 1948. Il crée en 1958 le
Groupe de Recherches Musicales qui rejoint 2 ans plus tard le Service de la Recherche de la
Radio Télévision Française (RTF). C’est en 1975, à l’issue de l’éclatement de l’ORTF, que le
GRM est intégré à l’Institut National de l’Audiovisuel (INA).
2. Voir section 5.
3. Voir section 6.2.
Perspectives d’usage d’une radio interactive 259
revue de presse matinale de quelques minutes ou dans un autre registre, la sensation
d’avoir fait le tour d’un sujet en suivant la diffusion d’une émission thématique
même hors du champ de nos préoccupations familières. Cette légèreté d’assimilation
nous procure le sentiment, comme toute bonne musique – tout bon flux – d’être
porté, transporté, guidé par l’écoute. Nous verrons plus bas comment considérer
l’audio non seulement comme porteur de sens (sensible, orientation, sémantique)
mais aussi comment l’utiliser plus explicitement comme outil de navigation vers des
grains de connaissances dispersés, en complétant sa puissance d’évocation, celle du
flux, avec une dimension interactive à la demande. C’est d’ailleurs cette maîtrise du
temps de l’écoute et la possibilité d’approfondissement qui échappe à la radio
traditionnelle. Qui n’a jamais souhaité « en savoir plus », sur un interlocuteur
radiophonique dont le propos nous avait charmés, sans en avoir la possibilité
immédiate ? Ou bien séduit par une musique d’un artiste inconnu, avoir envie de
confirmer cette découverte par l’écoute d’autres titres ?
Mais revenons tout d’abord au flux radio, à son écriture, qui par sa nécessité de
capter l’attention se rapproche par certains aspects d’autres préoccupations
pédagogiques.
2.3.
L’écriture radiophonique
Génériques, « sonals », alternance des voix, respirations musicales, virgules
sonores autant d’objets sonores dont la fonction première est de baliser l’écoute, de
la structurer afin de capter l’attention de l’auditeur. Le montage radiophonique n’est
pas très éloigné, dans ce souci de maintenir l’écoute, de la préoccupation du
pédagogue qui veille à alterner travaux écrits et oraux, collectifs et en petits groupes,
mise en situation et apports magistraux. L’écriture radiophonique est une mise en
scène
4
d’éléments disparates qui recrée efficacement l’illusion d’une continuité
cohérente, d’un temps plus intense : le temps de l’écoute. Ce temps réduit, quand il
est bien mené, permet de condenser une forme d’écriture, « l’écriture dans la
mémoire de l’auditeur ».
Nous sommes bien loin d’une écoute qui semblait passive à première vue.
L’auditeur, en temps réel, s’appuyant sur la mémoire de ce qui a précédé, capté par
le présent qui nourrit son écoute, anticipe sur ce qui va suivre et cette anticipation, le
prépare, le met en tension, pour mieux appréhender la suite du flux qu’il découvre.
4. Le réalisateur radio est souvent dénommé « metteur en ondes ». On parle de « mise en
ondes ».
260 D&S – 5/2007. Nouveaux territoires de la connaissance
3. Le média Internet
3.1.
De l’interactivité
À l’opposé, le Web serait le champion de l’interactivité puisque l’information y
est apportée, par principe, à la demande. Elle y est stockée et apparaît sur requête de
l’internaute. Celui-ci maîtrise le moment et le temps de sa consultation. Il peut en
naviguant de liens en liens, de requêtes en réponses, approfondir à l’infini ses
connaissances.
Nous sommes ici dans une logique de stock qui favorise un accès direct,
délinéarisé, à l’information. La mise en scène du contenu consistera à proposer des
environnements répondant le plus précisément possible à une sollicitation de
l’internaute. Les sites Internet sont donc structurés autour de menus de navigation,
qui segmentent et « éditorialisent » l’information, et de dispositifs de requête, de tri
de documents issus de bases d’informations. L’utilisateur y trouve une grande liberté
de parcours. Il va et revient à sa guise, confronte des points de vue différents sur le
même sujet.
Cependant l’immédiateté d’un parcours hypermédia induit des comportements de
« zapping » et présente une vision toujours fragmentée de l’information. Accès
fragmenté qui induit une appropriation déstructurée de la connaissance. Les
réalisateurs Web connaissent bien la « règle des trois clics » pour accéder à
l’information : au-delà l’attention se disperse et l’internaute se perd dans les
profondeurs d’une arborescence dont il n’a pas pu appréhender la structuration.
3.2.
Perdu entre deux infinis
Par ailleurs, le Web présente deux caractères intrinsèques qui renvoient à deux
infinis : en tant que base mondiale il propose une quantité potentiellement
infinie
d’information (et en pratique maintenant quasiment toujours gigantesque quel que
soit le sujet) ; en tant qu’hypermédia ouvert (c’est-à-dire ou chacun ajoute les liens
qu’il veut, sans ligne éditoriale commune) il propose une
infinité
de parcours tous
différents (par opposition à la finitude documentaire d’un ouvrage par exemple qui
propose un début et une fin). L’activité demandée sans cesse à l’internaute, la
possibilité de choisir direction ou une autre surchargent parfois ses capacités
cognitives. L’absence de ligne éditoriale, la multiplication et la contradiction des
points de vue désorienteront souvent le profane dans un sujet donné. Il devra fournir
un effort de
critique
et de
synthèse
des informations récoltées, distinguer la
connaissance pertinente, de la masse du « bruit » qui l’entoure. À défaut, on risque
un morcellement d’un savoir entraperçu ici et là.
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